Les méthodes et autres !

Publié le par les brassieres du coeur

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interview :  http://perso.wanadoo.fr/ecofamille/interview_methode_kangourou.htm 
  

La technique kangourou : une méthode naturelle issue du bon sens

 

Qu'est-ce que la technique des mères kangourous ?
La technique mère kangourou est née dans une grande maternité de Bogota, en Colombie, pour suppléer le manque d'incubateurs. Après la naissance, on attend que l'état de l'enfant soit stabilisé. Puis la mère et l'enfant s'entraînent à la position kangourou : l'enfant est placé entre les seins de la mère, en contact direct avec sa peau et tous deux doivent rester en position verticale 24 heures sur 24. Même la nuit, pendant laquelle la maman dort à demi assise pour éviter les apnées (pauses respiratoires) de son nouveau-né. La mère (ou le père, nous en reparlerons plus loin) sert à l'enfant immature de source de chaleur et d'alimentation. La technique permet en outre d'établir une relation plus précoce entre la mère (le père) et l'enfant.
 
Qui est à l'origine de cette technique ?
Le programme "mère kangourou" a vu le jour en 1978 en Colombie grâce au professeur Edgar Rey Sanabria, pédiatre. A l'époque, il travaillait dans une très grosse maternité d'un quartier pauvre de Bogota (20 000 naissances par an), où le nombre de couveuses était largement insuffisant, ce qui avait pour conséquences un grand nombre d'infections et de fréquents abandons dus à une séparation prolongée de la mère et de l'enfant. D'abord expérimentale, la technique consistait pour les mères à tenir leur enfant prématuré contre elles, peau contre peau, 24 heures sur 24, l'allaitant et le réchauffant, jusqu'à ce que le nouveau-né devienne autonome. Afin d'évaluer de façon rigoureuse les résultats très prometteurs de la méthode (qui intéressent de nombreux spécialistes de monde entier), nous avons mis en place, ici, à Bogota, un programme codifié dès 1989. Depuis, plusieurs études ont contribué à lever les doutes qu'inspirent les mères kangourous à un grand nombre de médecins. Nous avons démontré que les enfants traités par cette méthode ont une croissance identique à ceux qui sont restés en couveuse à l'hôpital, et ont même un périmètre crânien plus important après un an.
 
A qui s'applique cette méthode ?
Aux nouveau-nés ayant un poids de naissance inférieur à 2 kilos et aux prématurés nés à moins de 37 semaines de gestation (une grossesse normale dure environ 41 semaines). Trente semaines est l'âge gestationnel le plus bas que nous ayons jamais tenté en kangourou.
 
Pratiquement, comment ça se passe ?
Dès que l'état de l'enfant le permet (c'est-à-dire dès qu'il est apte à la vie extra-utérine et capable de téter et déglutir de façon coordonnée), et après une période d'observation minimale de 72 heures, la mère se rend dans l'unité kangourou pour apprendre à porter son enfant en position kangourou, à l'alimenter correctement au sein. Point essentiel, nous l'aidons à avoir confiance dans ses capacités à prendre en charge son petit enfant. Je tiens à souligner le rôle essentiel des infirmières, expertes, qui ont acquis suffisamment d'expérience pour évaluer les critères nécessaires pour que la mère puisse partir chez elle avec son bébé attaché à elle par une bande de Lycra. Les parents viennent tous les jours en consultation et apprennent à tirer le lait manuellement, à alimenter l'enfant au compte-gouttes…, jusqu'à ce que celui-ci grossisse d'au moins 15 grammes par kilo et par jour. Ensuite, ils viennent une fois par semaine.
 
Comment savoir quand l'enfant est prêt à "renaître" ?
Le mot "renaître" est juste dans le sens où tant que l'enfant est en kangourou, nous continuons à compter son âge en semaines de gestation. La position kangourou assure en fait une continuité entre la vie intra-utérine et la vie "à l'air libre" et autonome. Lorsqu'il est prêt, vers 37 semaines de gestation, et qu'il a atteint un poids supérieur à 2 300 grammes, nous nous en rendons vite compte : il se met à ramper seul hors de la bande Lycra, pour se dégager lui-même de sa mère. Il arrive même qu'il la griffe !
 
Avez-vous personnellement expérimenté la méthode ?
Il m'est arrivé de porter quelque temps en kangourou l'un des petits jumeaux d'une maman très fatiguée par une césarienne. C'est une expérience incroyable.
 
Suivez-vous ces bébés devenus des enfants quelques années plus tard ?
Nous avons maintenant un recul de six à sept ans. Chez ces enfants, anciens bébés kangourous, rien à signaler de particulier. Ils ont un développement tout à fait normal et harmonieux. Après le terme, nous les suivons dans la consultation jusqu'à un an d'âge corrigé. Une chose intéressante et curieuse cependant, qui nécessiterait une plus grande réflexion : 90 % d'entre eux n'ont pas de frères et sœurs. Lorsqu'on interroge les parents leur réponse est en substance : "élever un enfant est une tâche immense et nous voulons nous investir à fond dans l'éducation de celui-ci, avant de penser à en élever un autre". C'est dire à quel point ils s'impliquent dans leur rôle de parent...
 
Y a-t-il des échecs ?
Nous avons besoin d'une croissance minimale de 15 grammes par kilo et par jour : comme dans le ventre de la mère. L'enfant ne grandit pas toujours assez. Lors des visites des mères avec leur bébé dans la "casita canguro", le lieu des consultations, nous tentons de comprendre pourquoi. Le plus souvent, il s'agit d'un problème d'alimentation insuffisante, auquel nous pouvons très vite remédier. Mais parfois, on se rend compte que la mère ne garde pas son enfant tout le temps sur elle. Cela retentit immédiatement sur son développement, car maintenir sa température lui demande trop d'énergie : il ne peut plus grandir. C'est là que tous les membres de l'équipe interviennent pour essayer de remotiver les parents et leur expliquer encore et encore les principes et la pratique de la technique.
 
Quelle est l'implication des pères ?
Une de nos grandes surprises lorsque nous avons monté notre programme kangourou a été l'excellente participation des pères à la consultation : 60 % d'entre eux assistent aux premières consultations. La Colombie est un pays machiste où l'homme participe en général peu aux soins du nouveau-né. Plusieurs anecdotes sont étonnantes et émouvantes comme ce père d'un bébé de 1 090 grammes dont la mère était hospitalisée et qui s'est occupé de l'enfant, en papa kangourou, jour et nuit pendant dix jours...
 
La méthode a-t-elle été reprise dans le reste du monde ?
Depuis plusieurs années, les pédiatres de différents pays développés - dont la France - ont commencé à étudier l'impact du contact peau à peau, d'un point de vue non seulement médical, mais également psychologique, chez le prématuré et dans différentes conditions : en unités de soins intensifs ou chez les enfants sous assistance respiratoire, par exemple. A l'hôpital intercommunal de Créteil en particulier, des choses nouvelles sont faites : le contact peau à peau entre la mère et l'enfant est stimulé, et une mise au sein très précoce de l'enfant prématuré est réalisée. D'autres pays développés vont encore plus loin dans l'application de la méthode kangourou. En Suède, des enfants immatures de moins de 28 semaines, intubés et ventilés, ont été mis en contact direct peau à peau, sans que cela altère leur équilibre physiologique. Un message à toutes les mères que l'expérience kangourou tenterait si l'occasion se présentait... La technique kangourou est une méthode naturelle issue du bon sens. Dans les pays développés, on a tendance à croire que les soins sont plus efficaces s'ils font plus intervenir la médecine. Imaginez ce que peut ressentir un tout petit bébé, dans une couveuse, intubé, seul, et sans aucun contact humain, avec pour seuls bruits à entendre celui des machines médicales qui l'entourent. Je souhaite une plus grande prise de conscience dans le sens d'une humanisation des soins de l'enfant prématuré. Je pense que la méthode kangourou y contribue : elle aide l'enfant prématuré à s'intégrer plus rapidement au sein de sa famille avec les bénéfices que vous pouvez imaginer sur le plan social, psycho-émotif et aussi économique sans mettre en jeu ni la vie de l'enfant, ni la qualité de sa survie. Et à celles qui hésitent parce que, porter son enfant jour et nuit, être à sa disposition pour l'alimenter toutes les deux heures et s'investir à 100 % pour l'aider à entrer dans la vie est fatigant, je dis "oui, faire un enfant, c'est épuisant, et ça demande un investissement total ! Qui a dit qu'être parent était une chose facile ?"

 

 

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